On nous demande
Questions d’usage
Toutes les questions que l'on nous pose, tranchées en une phrase puis expliquées. Quand deux écoles s'opposent, nous le disons ; quand l'usage a changé, nous datons le changement.
50 questions traitées
Politesse & civilité
- Comment couper court à quelqu'un qui monopolise la parole ? On attend une virgule, on reprend son dernier mot, et l'on tend la parole à un tiers : « … la Bourgogne, justement — Claire, vous en revenez ? »
- Combien de retard est acceptable ? Cinq à quinze minutes chez des particuliers, zéro pour un rendez-vous professionnel, un restaurant ou un spectacle. Au-delà de dix minutes, on prévient — toujours.
- Faut-il tenir la porte, et à qui ? À celui qui suit, quel qu'il soit. Ce n'est plus un usage entre hommes et femmes : c'est un usage entre celui qui passe devant et celui qui vient derrière.
- Doit-on éteindre son téléphone à table ? Il se pose face contre table ou reste dans la poche, en silencieux. Le consulter pendant qu'une personne vous parle est l'équivalent contemporain de regarder par-dessus son épaule.
- Faut-il encore céder sa place dans les transports ? Oui, aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux personnes handicapées et à celles qui portent un enfant. On la propose sans attendre qu'on la demande, et l'on n'insiste pas si elle est refusée.
- Peut-on tutoyer un collègue dès le premier jour ? Cela dépend du secteur, mais la règle ne change pas : le tutoiement se propose, il ne se prend pas — et c'est à l'aîné, à la femme ou au supérieur de l'offrir.
- Qui doit tendre la main le premier ? La personne à qui l'on doit le respect : la femme à l'homme, l'aîné au cadet, le supérieur au subordonné, celui qui reçoit à celui qui est reçu. Le salut, lui, part en sens inverse.
L’art de la table
- Où pose-t-on son sac au restaurant ? Sur les genoux, derrière soi sur la chaise, ou sur le crochet prévu — jamais sur la table, jamais par terre au milieu du passage.
- Comment tient-on un verre à vin ? Par le pied, ou par la base du pied — jamais par le calice, dont la chaleur de la main réchauffe le vin et dont on ternit le verre.
- Comment mange-t-on les huîtres ? On tient la coquille de la main gauche, on détache le muscle à la fourchette à huîtres, on porte la chair à la bouche sans boire l'eau bruyamment. On ne repose pas la coquille sur la nappe.
- Comment mange-t-on les asperges ? À la main, en tenant la base entre le pouce et l'index, quand elles sont servies entières et froides. Coupées ou nappées de sauce chaude, elles se mangent à la fourchette.
- Peut-on refuser un plat que l'on n'aime pas ? On se sert une petite quantité et l'on goûte. Refuser franchement ne se fait qu'en cas d'allergie ou d'interdit — signalés en répondant à l'invitation, jamais à table.
- Faut-il couper la salade au couteau ? L'usage classique l'interdisait, parce que le couteau d'argent noircissait au contact du vinaigre. Avec l'acier inoxydable, l'objection a disparu : on peut couper, mais l'usage élégant consiste toujours à plier la feuille avec la fourchette.
- Doit-on attendre que tout le monde soit servi pour commencer ? Oui : on commence lorsque la maîtresse de maison commence. Au-delà de dix convives, elle invite généralement les premiers servis à ne pas attendre — cette autorisation explicite fait alors règle.
- Comment signaler que l'on a terminé son assiette ? On range fourchette et couteau parallèles sur l'assiette, manches vers soi, en position de « six heures vingt-cinq », dents de la fourchette vers le bas.
- Peut-on saucer son assiette avec du pain ? En famille, oui, et c'est un hommage au cuisinier. En société, si l'on sauce, c'est avec un morceau de pain piqué sur la fourchette, discrètement — jamais avec le pain tenu à la main.
- Où doit-on poser ses mains à table ? En France, les poignets ou les avant-bras reposent sur le bord de la table lorsqu'on ne mange pas. Jamais les coudes, jamais les mains sous la nappe — l'usage anglo-saxon, lui, place la main libre sur les genoux.
- Faut-il dire « Bon appétit » à table ? L'usage classique français l'évite : la formule renvoie à la fonction digestive plutôt qu'au plaisir de la table. On souhaite plutôt « Bonne dégustation », ou l'on ne dit rien.
La vie mondaine
- Qui paie l'addition ? Celui qui a invité — et cela se règle avant, discrètement, jamais en discutant à table. Entre amis, on partage également, sans recompter les plats.
- Peut-on passer chez quelqu'un sans prévenir ? L'usage l'a rendu exceptionnel : on annonce sa visite, même brève, même chez des proches. Si l'on sonne à l'improviste, on reste sur le seuil tant qu'on n'a pas été invité à entrer.
- Combien de temps faut-il rester après le café ? Une heure environ. Le premier départ est un service rendu aux autres : il libère ceux qui n'osaient pas.
- Faut-il apporter un cadeau quand on est invité à dîner ? Ce n'est obligatoire ni chez des amis proches, ni si l'on a soi-même reçu récemment. Si l'on apporte quelque chose, ce doit être utilisable plus tard — jamais tout de suite.
- Que faire si je ne peux finalement plus venir ? On prévient immédiatement, par téléphone et non par message, puis on écrit un mot d'excuse et l'on invite à son tour dans le mois.
- À quelle heure faut-il arriver à un dîner ? Entre cinq et quinze minutes après l'heure indiquée. Arriver en avance est une faute plus grave qu'un léger retard ; au-delà de vingt minutes, on téléphone.
- Combien de temps à l'avance faut-il inviter ? Trois semaines pour un dîner soigné, six pour une réception habillée, deux à trois mois pour un mariage ou un bal. Entre amis, trois à dix jours suffisent.
L’élégance
- Jusqu'où doit descendre une cravate ? La pointe arrive au milieu de la boucle de ceinture — ni au-dessus, ni en dessous. Le petit pan ne doit jamais dépasser du grand.
- Faut-il boutonner sa veste de costume ? Debout, oui ; assis, on l'ouvre. Et le bouton du bas ne se boutonne jamais — ni sur une veste, ni sur un gilet.
- Peut-on porter des chaussures marron en ville ? En France et en Italie, oui, sans réserve, avec un costume gris ou bleu. L'adage anglais « no brown in town » n'a jamais été observé sur le continent.
- Que signifie « cravate noire » sur un carton ? Smoking pour les hommes — veste noire ou bleu nuit à revers de soie, nœud papillon noir noué à la main, taille couverte. Robe longue ou tenue de soirée habillée pour les femmes.
La correspondance
- Faut-il remercier après un dîner, et comment ? Oui : un message le lendemain entre amis, un mot manuscrit après un dîner de cérémonie ou un séjour. Il doit mentionner un détail précis de la soirée.
- Faut-il répondre à un faire-part ? Oui, toujours, et sous huit jours : par un mot de félicitations pour une naissance ou un mariage, par une lettre de condoléances pour un décès. Un faire-part n'est pas une invitation, mais il appelle une réponse.
- Faut-il encore écrire des lettres à la main ? Dans quatre cas seulement, mais alors sans exception : condoléances, remerciements après un séjour, félicitations pour un évènement majeur, excuses sérieuses.
- Écrit-on « Cher Monsieur Dupont » ? Non. En français, la formule d'appel ne comporte jamais le nom de famille : c'est « Cher Monsieur », tout court. « Cher Monsieur Dupont » est un anglicisme.
- Comment terminer une lettre officielle ? Par une formule qui reprend la formule d'appel : « Je vous prie d'agréer, Monsieur le Préfet, l'expression de ma haute considération. » « Cordialement » ne convient pas.
- Que faut-il écrire dans une carte de vœux ? Une phrase personnelle qui nomme quelque chose de l'année écoulée, un vœu précis pour celle qui vient, et une signature manuscrite. Jamais une formule imprimée seule.
Les évènements de la vie
- Peut-on refuser d'être parrain ou marraine ? Oui, et il vaut mieux refuser que d'accepter à contrecœur. On refuse vite, en personne, en donnant une raison vraie et sans se répandre en excuses.
- Qui offre quoi lors d'un baptême ? Traditionnellement, le parrain offre la médaille et la chaîne, la marraine la robe de baptême et les dragées. Les invités offrent un présent durable, souvent en argent.
- Le parrain devient-il le tuteur légal de l'enfant ? Non. Le parrainage est un engagement spirituel sans effet juridique : en cas de décès des parents, c'est le juge des tutelles qui statue.
- Qui choisit le parrain et la marraine ? Les parents. Le droit de l'Église n'exige qu'un parrain ou une marraine, baptisé, confirmé et âgé d'au moins seize ans ; l'usage français en retient deux, un de chaque sexe.
- Peut-on envoyer des fleurs à un enterrement ? Oui, sauf mention « ni fleurs ni couronnes » — qui se respecte absolument. Les fleurs s'envoient au domicile avant les obsèques, ou au lieu de la cérémonie le jour même.
- Que dire dans la file de condoléances ? Une phrase, pas deux, puis on avance. « Toutes mes condoléances » convient ; « je pensais beaucoup à lui » vaut mieux encore.
- Que faut-il porter à des obsèques ? Du sombre et du sobre. Le noir intégral n'est plus exigé que de la famille proche ; la discrétion, elle, l'est toujours.
- Peut-on porter du noir à un mariage ? Le noir intégral s'évite ; le noir rompu par une couleur, un accessoire ou un tissu, se porte volontiers, surtout le soir. Le blanc, lui, reste interdit.
Usages religieux
- Quel cadeau peut-on offrir à un prêtre ? Un objet qui serve à la paroisse plutôt qu'à l'homme : un livre relié, un ornement, un linge d'autel, ou une offrande sous enveloppe « pour vos pauvres ».
- Dit-on « Éminence » à un cardinal ? Pas en France : l'usage français est « Monsieur le Cardinal ». « Éminence » et « Votre Éminence » appartiennent à l'usage italien et à la correspondance romaine.
- Comment appelle-t-on un évêque ? « Monseigneur » à l'oral et en formule d'appel. Sur l'enveloppe : « Monseigneur Jean Duval, évêque de Chartres ».
Charité & générosité
- Peut-on refuser un cadeau ? Rarement, et seulement s'il est disproportionné ou s'il engage. Dans presque tous les cas, on accepte simplement : refuser blesse davantage que recevoir n'oblige.
- Comment inviter quelqu'un qui ne pourra pas rendre l'invitation ? En rendant l'invitation régulière et banale plutôt qu'exceptionnelle, et en acceptant de lui quelque chose : qu'il apporte le pain, fasse la vaisselle, raconte une histoire.
- Comment aider financièrement un proche sans l'humilier ? En prêtant ce qu'on a décidé de ne pas réclamer, en prenant en charge une dépense avant qu'elle ne se pose, ou en donnant du travail. Et sans jamais assortir l'aide de conseils.
- Faut-il donner de l'argent aux personnes dans la rue ? C'est un choix personnel. Ce qui relève de la politesse, en revanche, est de regarder la personne et de répondre — même pour refuser.
Chaque mois
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