Huit siècles
Chronologie des usages
Aucune règle de politesse n'est éternelle : chacune a une date de naissance, souvent une date de mort, et presque toujours une raison sociale d'être apparue. Voici la ligne du temps de l'usage français.
24 jalons · du XIIIe au XXIe siècle
Moyen Âge
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XIIIe siècle La table
Les premières « contenances de table »
De courts poèmes didactiques circulent, en français comme en latin, pour apprendre aux enfants à se tenir à table : ne pas parler la bouche pleine, ne pas replonger dans le plat commun le morceau entamé, ne pas s'essuyer au nappage. Le repas médiéval se prend dans une écuelle partagée : toute la règle vise à protéger le voisin.
Renaissance
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1528 Vie mondaine
Castiglione publie Le Livre du courtisan
La cour d'Urbino donne à l'Europe son modèle de perfection mondaine et un mot promis à une longue carrière : la sprezzatura, art de dissimuler l'effort. L'ouvrage est traduit en français dès 1537.
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1530 Politesse
Érasme fonde le genre avec La Civilité puérile
Publié à Bâle, l'opuscule connaît plus de cent éditions en un siècle. Il donne au français le mot « civilité » et installe l'idée que les manières s'enseignent comme la grammaire.
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1533 La table
Catherine de Médicis épouse le futur Henri II
La tradition attribue à sa suite italienne l'introduction en France de la fourchette, des sorbets et d'un raffinement nouveau de la table. Les historiens de l'alimentation ont depuis largement nuancé ce récit : la fourchette est connue en France avant elle, et sa diffusion réelle est bien plus tardive.
Récit traditionnel, contesté par l'historiographie contemporaine. À citer comme légende, non comme fait.
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1558 Politesse
Le Galatée de Della Casa
Publié après la mort de son auteur, l'ouvrage préfère l'inventaire des manières fâcheuses à la liste des vertus. En italien, galateo désigne encore aujourd'hui le savoir-vivre.
Grand Siècle
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1630 Vie mondaine
Faret invente l’« honnête homme » à la française
L'Honnête homme ou l'Art de plaire à la court transpose le courtisan italien dans la France de Richelieu. L'honnêteté n'y désigne pas la probité mais l'agrément de la compagnie.
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1671 Politesse
Courtin publie le manuel du Grand Siècle
Le Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens sera réédité pendant plus d'un siècle. Tout y est organisé selon la différence de rang : la même action ne se fait pas de la même façon selon la qualité de celui à qui l'on s'adresse.
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1682 Vie mondaine
La cour s’installe à Versailles : l’étiquette devient un gouvernement
Le mot « étiquette » vient du petit écriteau — l'estiquette — sur lequel on inscrivait le cérémonial et les places assignées. À Versailles, le rang se lit dans le droit de tenir la chemise du roi, de s'asseoir sur un tabouret, d'entrer dans telle antichambre. L'usage n'y est plus une politesse : c'est une monnaie.
Lumières
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1703 Politesse
La Salle donne au savoir-vivre son fond moral
Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne entrent dans les écoles et y restent près de deux siècles. La tenue extérieure y est présentée comme le signe et l'instrument de la charité : c'est de là que vient l'idée française que la politesse est une vertu, non un ornement.
Révolution
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19 juin 1790 Vie mondaine
L’Assemblée abolit la noblesse héréditaire et ses titres
Le décret supprime les titres de noblesse, les armoiries et les livrées. Le « citoyen » et le tutoiement révolutionnaire s'imposent un temps. Les titres seront rétablis par l'Empire puis la Restauration, mais sans jamais retrouver de portée juridique en droit public contemporain — ils relèvent aujourd'hui de l'usage et du nom.
Empire
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1806 Vie mondaine
Napoléon fait rédiger l’Étiquette du palais impérial
Un cérémonial complet est reconstitué article par article, sur le modèle de l'Ancien Régime, pour un pouvoir qui a besoin de se donner des formes. La démonstration est claire : l'étiquette ne se transmet pas seulement, elle se décrète.
XIXe siècle
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1833 Vie mondaine
Le manuel de savoir-vivre devient un produit de masse
Le Manuel complet de la bonne compagnie paraît dans la collection Roret, à bas prix. Une bourgeoisie qui n'a pas hérité des usages entend les apprendre : le savoir-vivre devient un instrument d'ascension sociale.
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vers 1810-1880 La table
Le service à la russe supplante le service à la française
Jusqu'alors, tous les plats d'un même service étaient posés ensemble sur la table, et chacun se servait de ce qui était à sa portée. Le service à la russe — les plats présentés successivement, découpés à l'office, offerts à chaque convive par la gauche — se répand en France au cours du XIXe siècle. C'est cette révolution qui a créé le couvert moderne, avec ses rangées de fourchettes disposées dans l'ordre des plats.
La diffusion s'étale sur plusieurs décennies ; l'attribution au prince Kourakine, ambassadeur de Russie à Paris, relève de la tradition.
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Second Empire Vie mondaine
L’âge d’or de la carte de visite
Le bristol gravé règle la vie mondaine : on dépose sa carte, on corne un angle selon le motif de la visite, on répond par une carte à une carte. Tout un code silencieux se joue dans le plateau de l'entrée.
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1889 Vie mondaine
La baronne Staffe fixe les « usages du monde »
Le plus grand succès du genre en France. La plupart des règles que l'on cite aujourd'hui comme immémoriales — durées de deuil, heures de visite, formules de faire-part — se lisent en réalité, sous cette forme, dans ce livre de 1889.
XXe siècle
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1922 La table
Emily Post exporte le modèle américain
Etiquette paraît à New York et devient un phénomène d'édition. Sa nouveauté : expliquer la raison de chaque règle plutôt que l'imposer. Une part importante des usages dits « internationaux » de la table vient de là.
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1945-1960 Vie mondaine
La fin de la domesticité rebat les cartes
La disparition du personnel de maison dans la bourgeoisie ordinaire oblige à réinventer la réception : le buffet, le service par la maîtresse de maison, le dîner sans valet deviennent la norme. Les manuels commencent à décrire une élégance qui n'a plus les moyens d'autrefois.
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années 1960 S’habiller
Le chapeau et le gant quittent la rue
Deux gestes entiers de la politesse française disparaissent avec eux : le salut par la levée du chapeau, et le retrait du gant pour serrer la main. Le vocabulaire du corps s'appauvrit ; il faudra en inventer un autre.
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après 1968 Politesse
Le tutoiement gagne la vie professionnelle
Longtemps réservé à l'intimité, à l'enfance et à la fraternité militante, le tutoiement s'installe dans le monde du travail — d'abord dans les milieux créatifs, puis dans l'entreprise. Le vouvoiement français n'en disparaît pas : il devient un choix, donc un signe.
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1984 Vie mondaine
Le protocole français trouve son manuel
Le Guide du protocole et des usages de Jacques Gandouin donne aux administrations, aux collectivités et aux entreprises un référentiel unique pour les préséances, les formules d'adresse et l'ordonnancement des cérémonies.
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13 septembre 1989 Vie mondaine
Les préséances officielles deviennent du droit écrit
Le décret n° 89-655 fixe l'ordre des préséances dans les cérémonies publiques, ainsi que les honneurs civils et militaires. En France, la question « qui passe devant qui » n'est donc pas coutumière : elle est réglementaire.
XXIe siècle
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années 1990-2000 Correspondance
La correspondance passe à l’écran
Le courrier électronique impose une forme intermédiaire entre la lettre et la parole : formules d'appel raccourcies, disparition progressive des formules finales longues, réponse attendue dans la journée. La lettre manuscrite, devenue rare, gagne en valeur exactement ce qu'elle perd en fréquence.
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21 février 2012 Politesse
La circulaire qui supprime « Mademoiselle » des formulaires
Une circulaire du Premier ministre demande aux administrations de supprimer de leurs formulaires les mentions « Mademoiselle », « nom de jeune fille », « nom patronymique » et « nom d'épouse ». L'usage privé demeure libre, mais la référence administrative bascule : « Madame » devient le terme d'adresse par défaut pour toute femme majeure.
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2020 Politesse
La poignée de main est suspendue
Pour la première fois depuis des siècles, le geste central de la salutation française est officiellement déconseillé. La bise recule durablement dans les usages professionnels ; le salut de la tête, la main sur le cœur et le simple « bonjour » articulé retrouvent une place que l'on croyait perdue.
Une remarque sur les dates
Un usage n’apparaît jamais un jour précis : il s’installe, se répand, puis se fige dans un livre — et c’est la date du livre que l’histoire retient. Nous datons donc, sauf exception, la première codification écrite connue, et non la première pratique.
Lorsqu’un fait relève de la tradition plutôt que de l’histoire établie — la fourchette apportée par Catherine de Médicis, par exemple —, la notice le signale explicitement. Nous préférons dire « on raconte que » plutôt que de propager une légende dans le costume d’un fait.
Chaque mois
La lettre du savoir-vivre
Un usage expliqué, une question d’étiquette tranchée, une page de traité commentée. Le premier lundi de chaque mois, dans votre boîte aux lettres électronique.