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Dossier IX · Usages religieux

Écrire et parler au clergé

Le clergé possède ses titres, ses préséances et ses formules, qu’un laïc bien élevé n’ignore pas. Voici, état par état, comment s’adresser aux hommes et aux femmes d’Église — à l’oral, sur une enveloppe et dans une lettre — et comment se tenir dans un lieu de culte.

14 min de lecture 6 chapitres

Il subsiste, dans les usages français envers le clergé, une difficulté particulière : les formules y sont à la fois précises et peu connues, parce qu’on les emploie rarement. Un mariage, un baptême, un enterrement, une demande adressée à un évêché — et l’on se trouve devant une enveloppe sans savoir quoi écrire.

Ce dossier donne les formules de l’Église catholique en France, qui constitue le cas le plus fréquent. Les autres confessions ont leurs usages propres : la règle qui vaut partout est de demander au secrétariat de la communauté concernée, question que personne n’a jamais mal prise.

À l’oral

ÉtatOn dit
Prêtre de paroisse (curé)Monsieur le Curé
Vicaire, prêtre auxiliaireMonsieur l’Abbé, ou Père
Prêtre séculier en généralMonsieur l’Abbé
Religieux prêtre (dominicain, jésuite, bénédictin…)Mon Père
Religieux non prêtre (frère convers)Mon Frère
ReligieuseMa Sœur
Supérieure d’une communautéMa Mère
Abbé d’un monastèrePère Abbé, ou Monseigneur (selon les abbayes)
ChanoineMonsieur le Chanoine
DoyenMonsieur le Doyen
Évêque, archevêqueMonseigneur
Nonce apostoliqueMonseigneur, ou Excellence
CardinalMonsieur le Cardinal
PapeTrès Saint-Père

Formules d’adresse orales, usage français.

Deux précisions d’usage. « Mon Père » s’adresse aux religieux — les membres d’un ordre — et de plus en plus aux prêtres séculiers, sous l’influence de l’usage anglo-saxon. « Monsieur l’Abbé » reste la forme classiquement française pour un prêtre diocésain, et n’a rien à voir avec la fonction d’abbé d’un monastère.

On ne dit pas « Père Berger » en s’adressant à la personne, mais « Mon Père » ; le nom s’emploie à la troisième personne, pour désigner : « le père Berger célébrera la messe ».

Sur l’enveloppe

L’adresse d’enveloppe est la partie la plus visible et la plus facile à réussir.

ÉtatOn écrit
PrêtreMonsieur l’abbé Paul Berger
Curé de paroisseMonsieur le curé de Saint-Sulpice, ou Monsieur l’abbé Paul Berger
ReligieuxRévérend Père Paul Berger, ou Père Paul Berger, o.p.
ReligieuseRévérende Sœur Marie-Claire, ou Sœur Marie-Claire
SupérieureRévérende Mère Supérieure
ChanoineMonsieur le chanoine Paul Berger
ÉvêqueMonseigneur Jean Duval, évêque de Chartres
ArchevêqueMonseigneur Jean Duval, archevêque de Reims
CardinalSon Éminence le cardinal Jean Duval, archevêque de Lyon
Nonce apostoliqueSon Excellence Monseigneur…, nonce apostolique en France

Adresse d’enveloppe.

Les initiales de l’ordre — o.p. pour les dominicains, s.j. pour les jésuites, o.s.b. pour les bénédictins, o.c.d. pour les carmes déchaux — suivent le nom, en minuscules avec points. Elles font partie du nom religieux et ne sont pas un ornement.

Dans une lettre

La formule d’appel reprend la formule orale, suivie d’une virgule : « Monsieur le Curé, », « Mon Père, », « Monseigneur, », « Monsieur le Cardinal, ».

La formule finale monte avec l’état. Nous en donnons ici l’échelle complète, que notre article sur comment écrire à des hommes d’Église reprend en version abrégée.

DestinataireFormule
Prêtre, religieuxJe vous prie d’agréer, Mon Père, l’expression de mes sentiments respectueux.
Curé de paroisseVeuillez agréer, Monsieur le Curé, l’assurance de mes sentiments dévoués.
ReligieuseJe vous prie d’agréer, Ma Sœur, l’expression de mon respectueux dévouement.
Évêque, archevêqueDaignez agréer, Monseigneur, l’hommage de mon profond respect.
CardinalDaignez agréer, Monsieur le Cardinal, l’hommage de mon très profond respect.
PapeDaignez agréer, Très Saint-Père, l’hommage de ma filiale obéissance.

Formules finales, du prêtre au Souverain Pontife.

Le verbe « daigner », sorti de l’usage courant, se maintient dans la correspondance ecclésiastique à partir de l’épiscopat. Le mot « hommage », ici, n’a pas le sens galant qu’il prend dans la correspondance mondaine : il désigne l’acte de reconnaissance d’une autorité spirituelle.

Se tenir dans une église

  • Les hommes se découvrent en franchissant le seuil ; les femmes ne sont plus tenues de se couvrir, sauf dans certains sanctuaires qui l’indiquent.
  • La tenue est sobre : épaules couvertes, longueur décente. Beaucoup d’églises italiennes et espagnoles refusent l’entrée aux visiteurs en short ou en débardeur ; les églises françaises ne le font pas, ce qui ne rend pas la chose plus élégante.
  • Le téléphone est éteint, pas en silencieux.
  • On ne s’assoit pas aux premiers rangs lors d’une cérémonie : ils sont réservés à la famille. En visite touristique, on ne circule pas pendant un office.
  • On ne photographie pas une cérémonie sans y avoir été autorisé, et jamais au flash.
  • Le signe de croix, la génuflexion, la communion n’engagent que les fidèles. Un non-catholique assiste sans participer, se lève et s’assoit avec l’assemblée, et ne s’avance pas à la communion — ce qui ne se remarque pas et ne choque personne.

Assister à une cérémonie sans être du culte

Ce qui se fait

  • Arriver dix minutes avant et s’installer à l’arrière.
  • Se lever et s’asseoir avec l’assemblée.
  • Rester silencieux pendant les prières que l’on ne partage pas.
  • Suivre le livret remis à l’entrée, qui indique la conduite à tenir.
  • Saluer le célébrant à la sortie, comme on salue un hôte.

Ce qui ne se fait pas

  • S’avancer à la communion par imitation.
  • Photographier pendant l’office.
  • Commenter à voix basse pendant la cérémonie.
  • Partir avant la sortie du célébrant ou du cortège.
  • Applaudir, sauf si l’assemblée le fait la première.

Les présents et les offrandes

La question est délicate parce qu’elle touche à l’argent, et parce que le clergé français vit, pour l’essentiel, du casuel et des dons.

L’offrande de messe — pour une messe demandée à une intention particulière — se remet au secrétariat de la paroisse, sous enveloppe, avec l’intention notée. Son montant est généralement indiqué par le diocèse ; on peut donner davantage, jamais moins sans en parler.

Le casuel — la participation demandée pour un mariage, un baptême, des obsèques — est fixé par le diocèse et affiché. Il n’est pas un tarif : une famille qui ne peut pas le verser le dit, et la cérémonie a lieu.

Le présent personnel obéit à une règle simple : il doit pouvoir servir à la paroisse plutôt qu’à l’homme. Un livre relié, un objet liturgique, un linge d’autel, une contribution à un projet de la paroisse conviennent. Notre article sur les cadeaux que l’on peut offrir à un prêtre détaille ce point.

Il faut avoir pour les personnes consacrées à Dieu le respect que l’on doit à ce qu’elles représentent, et non celui que l’on croit devoir à ce qu’elles paraissent.

Jean-Baptiste de La Salle Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne 1703

Les autres confessions, en bref

Nous ne donnons ici que les formes d’adresse les plus courantes ; pour tout le reste, la communauté concernée renseigne volontiers.

  • Pasteur protestant : « Monsieur le Pasteur », « Madame la Pasteure ». Sur enveloppe : « Monsieur le pasteur Paul Berger ».
  • Rabbin : « Monsieur le Rabbin », ou « Rabbin ». Le grand rabbin de France : « Monsieur le Grand Rabbin ».
  • Imam : « Monsieur l’Imam », ou l’usage local de la mosquée concernée.
  • Prêtre orthodoxe : « Mon Père » ; un évêque orthodoxe : « Monseigneur » ou « Éminence » selon les Églises.

Dans tous les cas, la même règle vaut : on emploie la formule que l’intéressé emploie pour lui-même, telle qu’elle figure dans sa signature ou sur l’annuaire de sa communauté. C’est la seule qui ne se trompe jamais.

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