Dossier V · Les évènements de la vie
Le mariage, de la demande au lendemain
Aucun autre évènement de la vie ne convoque autant de règles à la fois : correspondance, préséances, tenue, table, protocole religieux. Voici l’ensemble, dans l’ordre où les questions se posent — de la demande faite aux parents au mot de remerciement envoyé quinze jours après.
Le mariage est l’examen final du savoir-vivre : il convoque en une seule journée la correspondance, les préséances, la tenue, la table, le protocole religieux et l’art de faire tenir ensemble deux familles qui, souvent, ne se connaissent pas.
Il a aussi ceci de particulier que la règle y protège réellement. Chaque usage détaillé ci-dessous a été inventé pour désamorcer un conflit prévisible : qui invite, qui paie, qui précède qui, qui parle et combien de temps. Là où les familles ont suivi la coutume, elles se sont épargné des discussions ; là où elles ont improvisé, elles les ont eues.
Les fiançailles
La demande
L’usage traditionnel veut que le prétendant demande la main de sa fiancée à son père, ou à ses deux parents. Cette démarche a perdu son caractère d’autorisation ; elle garde une valeur d’annonce solennelle, et la plupart des familles y tiennent plus qu’elles ne l’avouent.
Elle se fait en personne, chez les parents, sans témoin, et ne s’annonce pas par téléphone. Le prétendant expose sa situation, sa profession, ses moyens : cela paraît d’un autre âge, mais c’est exactement ce que les parents veulent savoir et n’oseront pas demander.
L’annonce et la bague
Les fiançailles s’annoncent d’abord aux deux familles, ensuite aux amis proches, enfin au reste. L’ordre compte : apprendre par un tiers le mariage de sa nièce est une blessure durable.
La bague de fiançailles se porte à l’annulaire gauche en France. Après le mariage, elle se porte au-dessus ou au-dessous de l’alliance, ou passe à la main droite : les trois usages coexistent et aucun n’est fautif.
Un déjeuner de fiançailles réunissant les deux familles est d’usage. Il est offert par la famille de la fiancée, et sa fonction est simple : que les parents se soient parlé avant le jour du mariage.
Le faire-part et les invitations
Deux pièces distinctes
On confond souvent le faire-part et l’invitation ; ce sont deux objets différents.
Le faire-part annonce le mariage. Il est envoyé à un cercle large — famille, amis, relations, collègues — et n’engage à rien : le recevoir ne signifie pas être invité au repas.
L’invitation convie à la cérémonie, au vin d’honneur ou au repas. Elle se glisse dans la même enveloppe, sous forme de carton distinct, ou s’envoie séparément.
La forme traditionnelle
Le faire-part classique est émis par les parents des mariés, sur deux volets ou deux colonnes : à gauche la famille de la mariée, à droite celle du marié, ou l’inverse selon les maisons — l’usage dominant place la mariée à gauche.
Monsieur et Madame Jean Berger sont heureux de vous faire part du mariage de leur fille Claire avec Antoine Duval Monsieur et Madame Pierre Duval sont heureux de vous faire part du mariage de leur fils
Puis, au centre : la date, l’heure, le lieu de la cérémonie civile, celui de la cérémonie religieuse, et les adresses des deux familles en bas de chaque colonne.
Lorsque les parents sont séparés, chacun figure sur sa ligne. Lorsque l’un est décédé, on écrit « Madame Jean Berger » seule, ou « Monsieur et Madame Jean Berger » si l’on souhaite maintenir le nom du défunt. Lorsque les mariés sont plus âgés ou déjà indépendants, ils émettent eux-mêmes le faire-part : « Claire Berger et Antoine Duval ont la joie de vous annoncer leur mariage ».
| Étape | Délai | Forme |
|---|---|---|
| Annonce préalable (save the date) | 6 à 9 mois avant | Message ou carte simple |
| Faire-part et invitation | 6 à 8 semaines avant | Carton imprimé ou gravé |
| Réponse des invités | Sous 2 semaines | Carton-réponse ou courriel |
| Rappel aux silencieux | 3 semaines avant | Téléphone, jamais reproche |
| Remerciements | Dans les 3 mois | Mot manuscrit, personnalisé |
Calendrier de la correspondance d’un mariage.
La cérémonie civile
En France, seul le mariage civil produit des effets juridiques, et il précède obligatoirement la cérémonie religieuse. Il se tient à la mairie du domicile de l’un des époux.
- Les témoins : un à deux par époux, majeurs, munis d’une pièce d’identité. Leur rôle est légal, non honorifique — ils signent le registre.
- Le placement : la mariée à gauche, le marié à droite, face à l’officier d’état civil ; les témoins de part et d’autre ; les parents au premier rang.
- La tenue : plus sobre qu’à l’église si les deux cérémonies ont lieu le même jour, ou identique si la mairie est le seul moment.
- La sortie : les mariés d’abord, les parents ensuite, les invités enfin. Riz, pétales et confettis sont interdits sur la voie publique dans la plupart des communes ; on demande.
La cérémonie religieuse
Nous décrivons ici la forme catholique, la plus répandue en France ; les autres confessions ont leurs propres usages, qu’il convient de demander au ministre du culte concerné.
L’ordre d’entrée dans l’église
- 01
Les invités
Ils s’installent avant l’heure : famille et amis de la mariée à gauche en regardant l’autel, du marié à droite. Les premiers rangs sont réservés aux familles proches.
- 02
Le marié
Il entre au bras de sa mère, remonte la nef, la conduit à sa place au premier rang de droite, puis gagne son prie-Dieu.
- 03
Le cortège
Demoiselles et garçons d’honneur, enfants de chœur, enfants d’honneur porteurs des alliances : l’ordre est fixé par le célébrant et répété la veille.
- 04
La mariée
Elle entre en dernier, au bras de son père, au son de la marche d’entrée. Il la conduit jusqu’à l’autel, la confie au marié, et rejoint sa place au premier rang de gauche.
- 05
Devant l’autel
La mariée se tient à la gauche du marié pendant toute la cérémonie. Les témoins sont derrière ou de part et d’autre, selon la disposition du chœur.
- 06
La sortie
Les mariés en tête, la mariée au bras droit de son époux ; puis les parents deux à deux, la mère de la mariée au bras du père du marié ; puis les témoins ; puis les invités.
Les tenues
La mariée : le blanc n’est obligatoire nulle part — il s’est imposé au XIXe siècle, à la suite du mariage de la reine Victoria en 1840. Pour un second mariage, l’usage traditionnel recommande une tenue de couleur ou un blanc rompu, sans voile ni traîne.
Le marié : jaquette si la cérémonie a lieu avant dix-huit heures et si le carton la prescrit ; costume sombre autrement. Le smoking ne se porte pas à un mariage de jour.
Les invités : on ne porte ni blanc, ni noir intégral. Le blanc est réservé à la mariée ; le noir, longtemps signe de deuil, se porte aujourd’hui volontiers le soir mais demande d’être rompu par un accessoire. Les couleurs vives sont bienvenues.
Les mères : elles s’accordent entre elles, par téléphone, quelques semaines avant. C’est un usage non écrit et universellement pratiqué, qui évite deux robes de la même couleur au premier rang.
L’invité à un mariage
Ce qui se fait
- Répondre sous deux semaines, en indiquant le nombre exact de personnes.
- Arriver à l’église un quart d’heure avant l’heure indiquée.
- Éteindre son téléphone avant d’entrer, et non le mettre en silencieux.
- Laisser le photographe travailler : ne pas se lever pour photographier l’entrée.
- Envoyer son présent avant la cérémonie, ou le déposer à la table prévue.
Ce qui ne se fait pas
- Porter du blanc, ou une couleur trop proche de celle de la mariée.
- Amener un enfant non invité, ou un conjoint non annoncé.
- Publier des photographies avant les mariés eux-mêmes.
- Faire un discours non prévu au programme.
- Partir avant les mariés, sauf à les saluer discrètement.
Le repas
Le placement
Le plan de table d’un mariage obéit aux règles générales de la préséance, avec deux particularités.
La table d’honneur réunit traditionnellement les mariés et leurs parents ; la mariée est à la droite de son époux, le père du marié à la droite de la mère de la mariée, et réciproquement. L’usage contemporain préfère souvent une table des mariés seuls, ou une table mêlant mariés et témoins : les deux sont admis, à condition que les parents président chacun une table.
Les familles se mêlent. Une salle où la famille de la mariée occupe la moitié gauche et celle du marié la moitié droite a raté l’objet même de la journée.
Les discours
Ils sont courts — trois minutes est une durée, cinq une épreuve —, peu nombreux (quatre au maximum), et placés entre les plats, jamais pendant. Ils se préparent par écrit, même si l’on parle sans notes.
Ce qui ne se dit pas dans un discours de mariage : les anciennes liaisons, les défauts présentés comme des qualités, les allusions professionnelles incompréhensibles à la moitié de la salle, et tout ce que la grand-mère du marié ne pourrait pas entendre.
Un toast doit être bref : le vin s’évente, l’attention aussi.
Les cadeaux
La liste de mariage est un service rendu aux invités : elle évite les doublons et les objets inutiles. Elle se mentionne sur un carton joint, jamais sur le faire-part lui-même — mêler l’annonce et la demande est la seule vraie faute en la matière.
Le présent en argent est aujourd’hui accepté partout, sous forme de cagnotte ou d’enveloppe remise le jour même. Son montant relève de l’intime ; l’usage veut simplement qu’il couvre au moins le coût du couvert lorsqu’on est reçu à dîner.
Les témoins et les parents offrent traditionnellement un présent personnel et durable, en plus de leur participation : un objet qui restera dans la maison.
Après
Le mariage se termine par une obligation que les mariés découvrent souvent avec effroi : les remerciements. Chaque invité, chaque personne ayant envoyé un présent, chaque parent ayant aidé reçoit un mot personnel manuscrit, dans les trois mois.
Il ne s’agit pas d’une carte imprimée avec une photographie et une formule identique pour tous. Il s’agit de trois lignes qui nomment le présent reçu, ou le trajet accompli, ou le service rendu. Deux cents mots à écrire, dix minutes par jour pendant un mois : c’est le prix de la dernière règle du mariage, et la seule que personne n’ait jamais regretté d’avoir tenue.
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