Dossier XI · Le baptême
Le baptême : parrain, marraine et cérémonie
Le baptême est la première fête d’une vie, et la plus chargée de promesses : on y confie un enfant à deux adultes qui répondront de lui. Voici le choix, les devoirs, la cérémonie et les usages — ceux de l’Église et ceux des familles.
Le baptême occupe une place singulière parmi les cérémonies de la vie : c’est la seule où l’intéressé ne décide de rien et ne se souvient de rien. Tout s’y joue entre adultes — les parents qui choisissent, les parrain et marraine qui acceptent, la famille qui se rassemble.
D’où la densité des usages qui l’entourent. Ils règlent une question difficile : comment confier un enfant à quelqu’un sans lui donner de pouvoir sur lui. Le parrainage est une promesse morale sans effet juridique, et tout l’art des familles consiste à lui donner une consistance sans en faire une contrainte.
Choisir le parrain et la marraine
Ce que l’Église exige
Le droit canonique est plus souple que la coutume. Il n’exige qu’un seul parrain ou une seule marraine ; s’il y en a deux, ce doit être un homme et une femme. Le parrain doit être baptisé, confirmé, avoir seize ans révolus — l’évêque peut dispenser —, mener une vie cohérente avec sa fonction, et ne pas être le père ou la mère de l’enfant.
Une personne baptisée dans une autre confession chrétienne ne peut pas être parrain à proprement parler, mais peut figurer comme témoin du baptême aux côtés d’un parrain catholique. Une personne non baptisée ne peut être ni l’un ni l’autre. Ces règles, souvent ignorées, sont vérifiées par la paroisse : mieux vaut les connaître avant d’avoir promis à quelqu’un une fonction qu’il ne pourra pas exercer.
Ce que l’usage recommande
La coutume française retient traditionnellement, pour un premier enfant, le grand-père paternel et la grand-mère maternelle, puis alterne pour les suivants. Cet usage a beaucoup reculé au profit du choix d’amis proches ou de la fratrie.
Le critère qui vaut mieux que tous les autres : choisir quelqu’un qui sera encore là dans vingt ans. Le parrainage est un engagement de longue durée, et son premier ennemi n’est pas la mauvaise volonté mais l’éloignement.
Ceux qui présentent un enfant au baptême contractent une obligation qui ne finit qu’avec sa vie ou la leur.
Les devoirs du parrain et de la marraine
Ils sont de trois ordres, et l’usage français les distingue nettement. Nous les développons dans nos articles sur les devoirs du parrain et de la marraine et sur les obligations mondaines du parrain.
Le devoir spirituel : accompagner l’éducation religieuse de l’enfant, prier pour lui, suppléer les parents si nécessaire. C’est la raison d’être de la fonction.
Le devoir affectif : être une présence durable, distincte de celle des parents. Le filleul doit pouvoir parler à son parrain de choses qu’il ne dit pas chez lui. C’est le devoir le plus difficile et celui dont on se souvient.
Le devoir mondain : les présents et les visites, aux dates fixées par la coutume.
| Occasion | Usage traditionnel |
|---|---|
| Baptême | Parrain : médaille et chaîne. Marraine : robe de baptême, dragées. |
| Premier anniversaire | Un présent durable — timbale, couvert, livre |
| Chaque anniversaire | Un mot, une visite, un présent modeste |
| Noël | Un présent, distinct de celui des grands-parents |
| Première communion | Un missel, une croix, un livre relié |
| Confirmation | Un présent marquant, et une présence à la cérémonie |
| Majorité | Un objet destiné à durer : montre, stylo, bijou de famille |
| Mariage du filleul | Une place au premier rang et un présent personnel |
Ce que la coutume attend d’un parrain ou d’une marraine, au fil des années.
La cérémonie
Le déroulé d’un baptême catholique
- 01
L’accueil
Le célébrant reçoit la famille au seuil de l’église, demande le prénom de l’enfant et ce que les parents demandent pour lui. Il trace un signe de croix sur son front, puis invite les parents, le parrain et la marraine à faire de même.
- 02
La liturgie de la Parole
Lectures, homélie, prière universelle et litanie des saints. La famille peut proposer les lectures et les intentions ; on le prépare avec la paroisse quelques semaines avant.
- 03
L’onction
Le célébrant oint la poitrine de l’enfant de l’huile des catéchumènes, signe de force pour le combat de la vie chrétienne.
- 04
Le baptême
Les parents et les parrain-marraine renoncent au mal et professent la foi. Le célébrant verse trois fois l’eau sur le front de l’enfant, ou le plonge trois fois, en prononçant la formule baptismale.
- 05
Le vêtement blanc et le cierge
L’enfant reçoit le vêtement blanc — souvent la robe de baptême offerte par la marraine — puis le parrain allume le cierge du baptisé au cierge pascal. Ce cierge se conserve et se rallume à la première communion.
- 06
La signature des registres
Les parents, le parrain et la marraine signent le registre de catholicité. C’est de ce registre que dépendra plus tard la délivrance du certificat de baptême, exigé pour un mariage religieux.
L’âge et la date
L’Église recommande que le baptême ait lieu dans les premières semaines. Beaucoup de familles attendent quelques mois, notamment pour réunir les proches ; certaines paroisses regroupent les baptêmes à dates fixes. La préparation, en général deux ou trois rencontres, se demande trois à six mois à l’avance.
Le baptême d’un enfant plus grand ou d’un adulte suit un chemin différent — le catéchuménat — et se célèbre le plus souvent à Pâques.
Les tenues
L’enfant porte du blanc : robe de baptême traditionnelle, souvent transmise dans la famille, ou tenue blanche simple. La robe se prête volontiers entre cousins ; c’est même un usage charmant.
Les parrain et marraine portent une tenue de cérémonie de jour : costume sombre pour lui, robe ou ensemble habillé pour elle. La marraine porte parfois un chapeau ; ce n’est plus une obligation.
Les invités s’habillent comme pour une messe soignée : ni tenue de plage, ni robe du soir.
Le jour du baptême
Ce qui se fait
- Arriver un quart d’heure avant, avec les papiers demandés par la paroisse.
- Prévoir de quoi occuper les jeunes enfants pendant la liturgie de la Parole.
- Confier l’appareil photo à une seule personne désignée.
- Remettre l’offrande à la paroisse avant ou après la cérémonie, sous enveloppe.
- Remercier le célébrant à la sortie, comme on remercie un hôte.
Ce qui ne se fait pas
- Photographier au flash pendant l’onction ou le baptême.
- Circuler dans l’allée centrale pendant la cérémonie.
- Applaudir avant que la famille ne le fasse.
- Prévoir un repas si long que l’enfant y passe la journée.
Le faire-part, les dragées, le repas
Le faire-part
Il s’envoie trois à quatre semaines avant, émis par les parents, et mentionne le prénom de l’enfant, la date, l’heure et le lieu de la cérémonie, ainsi que les noms du parrain et de la marraine — dont c’est la reconnaissance publique.
Claire et Antoine Duval ont la joie de vous faire part du baptême de leur fils Louis qui sera célébré le samedi 20 juin 2026 à 11 heures en l’église Saint-Sulpice, à Paris. Son parrain : Paul Berger. Sa marraine : Marie Duval.
Les dragées
Elles sont l’attribut de la marraine, qui les offre traditionnellement. Elles se distribuent à la sortie de l’église ou à la fin du repas, et s’envoient par la poste aux proches qui n’ont pu venir — accompagnées d’un mot, jamais seules.
La couleur suit l’usage : blanches pour le baptême, éventuellement bleues ou roses selon l’enfant. Les dragées vertes, jaunes ou argentées appartiennent à d’autres cérémonies.
Le repas
Il est familial et court : l’enfant baptisé, souvent nourrisson, ne supporte pas une journée entière de bruit. Un déjeuner de deux heures est la bonne mesure.
L’usage veut que les parents reçoivent ; la contribution du parrain et de la marraine se manifeste par le présent, non par la table. On sert un gâteau, souvent une pièce montée réduite, et l’on porte un toast bref — celui du parrain, s’il en est un.
Le baptême civil
La France pratique aussi le baptême républicain, ou parrainage civil, hérité du décret du 20 prairial an II (1794). Il se célèbre à la mairie, en présence d’un parrain et d’une marraine, et donne lieu à un certificat.
Deux précisions honnêtes : il n’a aucune valeur juridique contraignante — l’engagement des parrains y est purement moral —, et aucune commune n’est tenue de le célébrer. Il se demande donc à la mairie, qui indique sa pratique. Cela dit, il rend un service réel aux familles qui souhaitent la forme sans le contenu religieux, et son usage progresse.
Poursuivre
Dans le même esprit
Peut-on refuser d'être parrain ou marraine ?
Oui, et il vaut mieux refuser que d'accepter à contrecœur. On refuse vite, en personne, en donnant une raison vraie et sans se répandre en excuses.
Qui offre quoi lors d'un baptême ?
Traditionnellement, le parrain offre la médaille et la chaîne, la marraine la robe de baptême et les dragées. Les invités offrent un présent durable, souvent en argent.
Le parrain devient-il le tuteur légal de l'enfant ?
Non. Le parrainage est un engagement spirituel sans effet juridique : en cas de décès des parents, c'est le juge des tutelles qui statue.